La Demoucelle Parkinson Charity (DPC) annonce un financement d’amorçage pour plusieurs projets de recherche belges sur Parkinson, pour un budget total de 320 000 €. Les projets couvrent un large spectre, de la biologie cellulaire à la médecine de précision et reflètent la complexité de la maladie et la nécessité de multiples approches de recherche. Cet investissement initial aide les chercheurs à transformer des idées prometteuses en projets qui pourront prétendre à des financements compétitifs plus importants.
Le fossé entre laboratoire et patient
La maladie de Parkinson est le trouble neurodégénératif qui progresse le plus vite dans le monde. On estime qu’environ 45 000 personnes en Belgique vivent avec cette maladie. La recherche translationnelle, en particulier la phase entre les découvertes fondamentales et les applications concrètes pour les patients, reste structurellement sous-financée.
« Les gouvernements financent principalement la recherche fondamentale, tandis que les entreprises n’interviennent généralement que pour les essais cliniques. Entre les deux se trouve une phase cruciale mais vulnérable. Avec ce financement d’amorçage, nous voulons aider les chercheurs à franchir ce premier pas indispensable. » — Anne-Marie Demoucelle, cofondatrice de DPC
Multiples projets, multiples universités
Les projets sélectionnés sont menés dans plusieurs universités belges, dont KU Leuven, VUB, et Université de Liège) et couvrent un spectre allant de la recherche fondamentale à la recherche orientée vers la clinique. Chaque projet reçoit un financement d’amorçage, destiné à collecter des données initiales et à poser des bases solides pour un financement ultérieur.
« Ce sont des projets avec du potentiel, mais qui ont besoin de financement. Ils sont souvent trop appliqués pour les fonds de recherche classiques, mais encore trop précoces pour les investisseurs commerciaux. En intervenant ici, la philanthropie aide la recherche à franchir un seuil critique. » — Dr Ian Reynolds, scientifique et administrateur de DPC
« On ne lâche pas »
Patrick Demoucelle, cofondateur et lui-même patient depuis 21 ans, insiste sur l’importance d’un engagement durable : « Je sais qu’il n’y a pas de solution miracle. Mais je sais aussi que le progrès est possible, pour autant qu’on continue à investir dans la bonne recherche. »
En mai, Patrick courra les 20 km de Bruxelles pour la 11e fois, en partie en buggy mais en courant autant que possible. « C’est ma façon de dire : on ne lâche pas. Et ces projets sont notre façon de faire savoir aux scientifiques qu’ils ne sont pas seuls. »
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Les projets de recherche belges sélectionnés par Demoucelle Parkinson Charity pour des subventions d’amorçage se répartissent en trois grandes catégories et sont décrits ci-dessous :
RÉPARER LES MÉCANISMES DE NETTOYAGE NEURONAL
Chaque cellule du cerveau dispose d’un service de nettoyage actif 24h/24 et 7j/7. Les protéines sont pliées, repliées ou recyclées ; les déchets sont transportés vers de petites usines acides appelées lysosomes où ils sont dégradés et éliminés. Dans la maladie de Parkinson, ce système de nettoyage se dérègle. La protéine alpha-synucléine commence à s’agréger, les lysosomes ralentissent, et les neurones, en particulier ceux qui produisent la dopamine, peinent à faire face.
Les équipes ci-dessous se concentrent sur la restauration de cette capacité de nettoyage sous différents angles : concevoir des médicaments qui empêchent l’alpha-synucléine de s’agréger, stimuler une enzyme lysosomale clé (GCase) d’une manière nouvelle et plus sûre et réactiver un flux nutritif protecteur (polyamines) en ciblant le transporteur ATP13A2. L’objectif commun : aider les neurones vulnérables à éliminer les déchets et à survivre plus longtemps.
- Veerle Baekelandt
KU Leuven
À la recherche de molécules pour empêcher l’agrégation de l’alpha-synucléine
En adoptant une approche novatrice pour cribler des médicaments susceptibles de réduire l’alpha-synucléine, cette équipe a déjà identifié plusieurs molécules prometteuses. Elle vise désormais à cribler une bibliothèque beaucoup plus vaste, à déterminer comment les meilleurs candidats agissent et à les tester dans des neurones humains cultivés en laboratoire ainsi que dans des tranches de cerveau avec pour objectif d’aboutir à des pistes réellement transposables.
- Wim Versées
Vrije Universiteit Brussel
Découverte de médicaments guidée par des nanocorps
La plupart des candidats médicaments actuels qui stabilisent l’enzyme GCase liée à la maladie de Parkinson risquent également de l’inhiber. Cette équipe utilise de minuscules anticorps pour identifier un point d’ancrage plus sûr sur GCase et va maintenant concevoir de petits composés compatibles avec le cerveau qui se fixent à cet endroit afin d’améliorer le fonctionnement du système de recyclage cellulaire, d’abord pour la maladie de Parkinson liée à GBA1 et potentiellement pour d’autres formes également.
- Peter Vangheluwe
KU Leuven
Polyamines et maladie de Parkinson
Le vieillissement, l’environnement et les gènes convergent vers ATP13A2, un transporteur moléculaire qui agit comme une porte dans le système de recyclage de la cellule. Il importe des polyamines, de petites molécules naturellement présentes qui contribuent à protéger les neurones. Cette équipe vérifiera si les niveaux d’ATP13A2 sont plus faibles dans les cerveaux atteints de Parkinson et testera si l’augmentation sécurisée des polyamines peut apaiser l’inflammation cérébrale et améliorer le mouvement.
FAIRE CORRESPONDRE LES MÉCANISMES AUX PATIENTS
La maladie de Parkinson n’est pas une seule maladie. Sous une même appellation se cachent plusieurs sous-types biologiques déterminés par des dysfonctionnements différents. Parvenir à des soins de précision implique de progresser sur deux fronts : des travaux centrés sur les mécanismes qui révèlent de nouveaux leviers plus sûrs pour moduler les voies de la maladie et des plateformes centrées sur les patients qui classent les individus selon les voies qui sont pertinentes pour eux.
- Wim Vandenberghe
KU Leuven
RAB32, le « commutateur d’activation » qui stimule LRRK2
RAB32 est le premier gène lié à la maladie de Parkinson identifié depuis plus d’une décennie. Il agit en amont pour suractiver LRRK2, un moteur majeur de la maladie. Comprendre (et moduler) ce commutateur pourrait offrir une manière plus sûre de contrôler l’activité de LRRK2 dans les formes familiales et certaines formes sporadiques sélectionnées.
- Patrik Verstreken
KU Leuven
Un « atlas vivant » de la maladie de Parkinson sur puce
Des « microcircuits » neuronaux dérivés de patients révèlent des signatures électriques des différents sous-types de Parkinson que l’intelligence artificielle peut apprendre et associer. Cette plateforme vise à stratifier les patients idiopathiques et à réutiliser de manière intelligente des médicaments ciblés (par exemple, thérapies LRRK2, GBA, alpha-synucléine) pour ceux qui sont les plus susceptibles d’en bénéficier.
AJUSTER LES SYSTÈMES CERVEAU-CORPS
Tous les facteurs de la maladie de Parkinson ne se situent pas à l’intérieur des neurones. Des systèmes à l’échelle de l’organisme : le sommeil ; l’intestin et la réponse immunitaire, influencent la manière dont la maladie débute et évolue.
Les trois projets de cette section abordent directement ces leviers. L’un teste si un flux altéré du liquide céphalorachidien (LCR) prédit la progression et si l’amélioration du sommeil et de l’exercice pourrait « éliminer » plus tôt les déchets nocifs. Un autre isole de minuscules vésicules provenant de microbes intestinaux afin d’identifier les signaux bénéfiques que l’on pourrait utiliser sans recourir à des transplantations de selles complètes. Un troisième réutilise un médicament anti-inflammatoire connu afin de déterminer si la réduction de l’activité excessive des enzymes immunitaires peut ralentir la maladie. La promesse : des interventions sûres à l’échelle des systèmes qui pourraient compléter les médicaments ciblant les neurones.
- Moran Gilat
KU Leuven
Nettoyages nocturnes du cerveau et maladie de Parkinson
Le flux de « nettoyage » nocturne du cerveau peut-il prédire quelles personnes déclineront plus rapidement et peut-il être renforcé pour ralentir la maladie de Parkinson ? Cette étude cartographie le flux du liquide céphalorachidien dans des régions liées aux symptômes précoces (odorat, sommeil) et examine si des interventions sûres et non invasives pourraient maintenir ce flux en bonne santé.
- Gaëtan Garraux
Université de Liège
Un « frein naturel » à l’inflammation
En réorientant l’utilisation d’un inhibiteur de protéase anti-inflammatoire bien connu, cette étude pilote menée auprès de 12 patients à un stade précoce visera à déterminer si cet inhibiteur peut influencer la progression de la maladie et les biomarqueurs immunitaires, dont le suivi sera assuré à l’aide d’appareils portables et d’une imagerie de pointe. Un signal positif justifierait un programme plus large, plus rapide et offrant une méthode d’administration plus pratique.



